La mort casse les cordes

La mort casse les cordes

  A  Django  Reinhardt

 

Django Django

La dernière mesure

Le dernier accord

Qui s’accroche aux cordes

Les sons de la guitare

Magique s’électrise

Aux confins du réel

Et fait danser

A n’en plus finir des rêves

Avec des rêves charnels

Jour et nuit des nuages passent

Place de Brouckère

Dans la maison des rêves

Sommeille  l’harmonie

Django Django

La dernière mesure

Le dernier accord

Sur un tempo endiablé

La note enlace la note

La musique crée la nostalgie

Ou le désir de l’inachevé

Que rythme l’accord forcené

La mort casse les cordes

Mais ne peut tuer la mélodie

Sous des doigts qui se sont tus.

         CONFLANS 1955

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Brume

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La brume flotte sur la mer
Tu relèves tes cheveux sur le front
Pour mieux voir
Et ton geste est comme une moisson de lumière.

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Hommage à Johnny

 

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HOMMAGE  A  JOHNNY

Noir, c’est noir ;

C’est fini

Pour Johnny,

Plus d’espoir.

Je te revois, la sueur

Coulant sur ton visage

Eclairé  par la lueur

D’un violent projecteur,

Alors que jeune chanteur

Tu chantes un air sauvage

Qui vient du blues,

Par delà les mers

De cette ville dite « News-

Orléans pour dire les amers

Sentiments de désespoir

Du peuple noir,

De sa foi et de son amour,

De sa tristesse et de son humour,

Au bord de ce fleuve puissant,

Majestueux mais parfois rugissant,

T’accompagnant à la guitare

Instrument de cette musique

Poignante et rythmique

Et parfois barbare.

Noir, c’est noir,

C’est fini

Pour Johnny,

Plus d’espoir.

Mais tu restes en nous

Comme quelque chose

Qui ne s’oublie pas et s’impose

Et rend ce drame plus doux,

Car je te revois en Camargue,

Dans ce marais immense,

Chantant que la vie commence,

Même si la mort nous nargue.

Nous devrons rallumer  le feu

Sans toi si l’on veut

Que le ciel reste bleu

En nos cœurs même s’il pleut.

Tu es parti pour cette île lointaine

Dont le nom rappelle un horrible massacre

Provoqué pat la sottise humaine

Mais, en ce moment crépusculaire,

Roi de la musique populaire

Ou de la Musique tout court, on te sacre

Et, si le paradis existe

Tu y retrouveras

Tous les plus grands artistes

Et avec eux tu chanteras.

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SUR LE RIVAGE

 

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        Sur le Rivage

Tout au bord de la grève,

Bientôt le soleil lève

L’ancre de son escale

Sur l’horizon d’opale.

Pour un autre univers

Aux grands espaces verts,

Lentement appareille

Sa lumière vermeille.

La tempête attise le feu

Dans l’arbre que frappe l’orage.

L’émeraude se mêle au bleu

Et la mer n’est plus qu’un mirage.

L’essaim des brises cristallines

Survole la côte écumeuse

Et de longues mains lumineuses

Arrachent les algues marines.

Quand le bleu vivant de la mer

Avec le bleu figé du ciel

Colore un horizon trop clair,

Il s’élève un soleil de miel.

La rive que le flot échancre

Comme un corsage de lumière

Abrite le navire à l’ancre

Entre des mamelles de pierre.

Dans un incendie bleu

Avec des flammes d’or,

Toute la clarté pleut

Sur la rumeur du port.

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Rencontre

Je marchais sur un rivage abasourdi de soleil

Sous un ciel tatoué de quelques nuages blancs

Tandis que le flot étalait la couleur chatoyante de la marée de l’aube

Je parcourais déjà cette terre

 Bien décidé à en percer les mystères

Aussi je tournais autour de l’église et du presbytère

Espérant une apparition

Et ce fut toi qui venais pour prier

Et nous partîmes ensemble sur ce chemin de pierre

Que le jour  ensoleillait  main dans  la main.

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Passage du temps

J’effeuille l’aube entre mes doigts

La lumière grelottante conspire encore

Avec l’ombre silencieuse

Déjà des fleurs s’étirent

Et leurs corolles bâillent

Déjà un  oiseau pianote sur l’écorce

Dans la maison règne encore une lumière froide

A travers le tissu humide de l’aube

Le  matin s’avance à pas feutrés

Dans la paix des nuages

Bientôt le jour titube

Et chante à tue-tête.

 

La Fresnais 13.09.1957

 

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Etoiles

J’enterre une étoile au pied du chêne

                                             Et en pêche d’autres qui scintillent

Dans le bief avec des anguilles qui frétillent

Je roule doucement sur la route

Quand planent les oiseaux sauvages

Au-dessus des rivages

Où souffle un vent apaisant

Les oiseaux qui passent nous saluent de leurs cris

La rivière halète sous les ponts des soupirs

Une frugale clarté brille dans le ciel

Sur le seuil de la maison où je balaie

Une poussière d’étoiles tombée cette nuit

Forêt abandonnée terre délaissée village déserté

Parfaites harmonies enfance sereine

La prairie verdoie

Sous un soleil qui rougeoie

 Et que traverse un chemin qui poudroie

Au bord de la rivière qui ondoie

Dans laquelle l’ombre du pont se noie

 Dans le vent qui se déploie

 Et le jour qui chatoie

 Maintenant privé de toute  joie

 Un violent ennui me broie

Dont je suis l’innocente proie

 Et sous ce fardeau je ploie

 Alors avec une plume d’oie

 J’écris ce message que je t’envoie

Mon regard se repaît du spectacle des vagues

Qui s’élancent vers moi tandis que je cargue

Les voiles d’un petit bâtiment pour la course

Qui appareillera la nuit sous la grande ourse

Rien ne me ravit plus que le parfum des roses

Du matin que je sens  au milieu du jardin

Dans lequel je flâne avec un gros gourdin

Pour me défendre des vilaines choses

                            Les eaux silencieuses coulent sans bruit

Pour ne pas troubler la paix de la nuit

Et ne pas réveiller les dormeuses étoiles

Qui cachent leur clarté sous de vaporeux voiles

Parmi les silences j’apprécie particulièrement

Ceux du matin au réveil du jardin

Où fleurit le jasmin

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