ENTRE  LES  CRÉPUSCULES

      ENTRE  LES  CRÉPUSCULES

Chaque matin est un départ

A l’aube d’une connaissance

Quand des parfums flottent épars

Sur les chemins de mes errances

L’abeille butine le jour

Le soleil est au carrefour des routes

Où se croisent les vents mouillés

Dans le silence froid des aubes bleues

Sur l’herbe encore sombre

Je serre les doigts de la pluie

Qui tisse sa toile sur le jardin

Et croque à pleines dents

La lumière  sur les feuilles

Des branches endormies

Le soleil brûle l’horizon

Qui ouvre ses fenêtres

Sur les vagues du blé

La brise du soir glisse sur les lys

L’eau s’en va avec un bruit de cailloux

Et le vent du soir  me fait  des gestes  d’adieu

Dans le jardin vert qu’enveloppe l’ombre bleuâtre

Et j’y cueille les roses du crépuscule.

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ETE

                                         ETE                                                                                        

Un rayon de soleil
Et l’été revient
Avec ses cohues de couleurs
Le chemin se glisse entre les buissons
Tandis que des grappes d’oiseaux
Mûrissent sur les branches
Et que les fleurs neigent sur les haies

L’été nous rassasie d’odeurs
Et de couleurs qui chatoient
Dans l’herbe grasse
Des prairies où se lève
Une aube de lait
Sur la rousseur des bovins
À l’ombre de l’arbre
Qui tressaille sous son écorce

Blanc visage du jour
Le vent dévale la pente
Et notre village jaillit
Dans un cantique de lumière

Le soleil engrosse la terre féconde
De fruits d’oiseaux
De fleurs hautes comme des arbustes
Où la moindre goutte de rosée
Enfante tout un arc-en-ciel

Le vent du large soulève ta robe
Son souffle humide baigne ton corps
Et ton visage rit comme une fleur
Tu prêtes la couleur de tes yeux
À la vague qui s’en empare à jamais
Et tu laisses tes rêves voguer.
Au gré des flots vers des îles
Que tu imagines derrière l’horizon

Le soir tombe sur nous comme un caillou.

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DUNE

Le flanc de la dune

reçoit les caresses du vent du large

alors que je plonge dans l’obscur des abîmes

qui se creusent devant moi

à mesure que j’avance dans la futilité du moment

où je n’entends qu’un gazouillis invisible

presque inaudible qui me parvient

et continue en emportant mon angoisse

au-delà du rivage qui recule

jusqu’à l’entrée du village

qui flotterait volontiers

pour voyager  et aller s’implanter

dans un lieu mirifique

car il jalouse ceux  qui ont poussé

sur des îles au sein de la mer

et non dans cette lande ingrate.

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Mouvements

Beautiful young girl sitting on blanket under giant oak and reading book on sunny summer day.

  Illustration

MOUVEMENTS

Je ne suis qu’un passant éphémère

      Mais je reviendrai un jour

Revoir ces lieux

                       Et tenter  de retrouver les horizons d’antan

Avant qu’ils ne disparaissent de ma mémoire

J’avance  dans un chemin de boue carrelé de silex dur

Où j’imprime mes pas pour me rendre à un rendez-vous

Sous le chêne séculaire où m’attend une jeunesse

Au regard flegmatique et à la voix fascinante

Alors que je marche mon regard erre sur les champs

Et je respire des senteurs imbibant l’atmosphère

Les blés se tordent sous le poids des épis

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Barbarie

BARBARIE

 

Des baraques le bois empestait la résine ;

A Dachau, Ravensbrück, Treblinka, Terezine,

Les nazis avaient fait de la mort une usine

L’uniforme impeccable, ils avaient l’air bravache

En face d’hommes nus. Avec une cravache,

On se sent courageux alors qu’on n’est qu’un lâche.

C’était un lieu sinistre où dominait la peur,

Une réalité qu’on voudrait une erreur.

 

Vous étiez arrivés de tous les horizons

Dans le fer surchauffé ou glacé des wagons.

On vous fit aller nus par des temps de rigueur

Alors que les plus forts perdaient toute vigueur.

Et que tous les enfants partaient en fumée noire

Sur le sein maternel dans le four crématoire.

 

C’est un passé récent qu’à ses enfants l’on cache,

Dans les livres d’histoire une bien sombre tache

Et pourtant il faut bien que chacun d’eux le sache

Et ne pas ignorer que, dans quelques usines

Avec des juifs, on fit du suif pour les cuisines.

 

Conflans sainte Honorine  Novembre 1968

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MAI 68

Au mois de Mai

Les bourgeons éclataient

Sur les usines le drapeau rouge flottait

Le printemps chassait l’hiver gaulliste

Il fleurissait des jonquilles dans les prés

Des barricades dans les rues

Du sang sur les pavés

Dans la campagne rôdait l’odeur de l’herbe

Et dans les rues celle du gaz lacrymogène

Il tombait des pétales dans les jardin

Et des grenades sur le macadam

Le temple des faux prophètes oscillait

La Bourse brûlait

Avec les actions de Péchiney

Hélas ! ce ne fut qu’un feu de paille

Et de quelques meules près des Mureaux.

                                       CONFLANS  MAI   68

 

 

CONFLANS   MAI  68

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SUR LA GREVE

Dans le vent de la mer, sur l’âpre grève grise,

Tu vins, mouette d’amour, sur l’aile de la brise,

Poser, bel oiseau blanc, dessus le sable brun,

Tes deux ailes d’azur, au souffle de l’embrun.

     BRETAGNE  AOÛT 1947

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