MER SAUVAGE

J’aime la mer violente

A la vague furieuse

Et non la mer trop lente

A la vague rieuse

J’aime la mer sauvage

Qui griffe le rivage

Et non la mer trop douce

Comme un tapis de mousse

J’aime la mer si fauve

Qui vient en rugissant

Du large en bondissant

Tout le monde se sauve

J’aime le mer d’écume

Qui fonce dans la brume

Les vagues en avant

Poussées par le vent

J’aime la mer tigresse

Qui me remplit d’ivresse

Perché sur le récif

Du rivage lascif.

tableau d’Alexander Dzigurski

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AU BORD  DE LA MER

Quand la valse des vagues

Accompagne ta rêverie,

Quand la mer gorge de pigeon

Roucoule entre les rochers,

Tu arpentes la grève immense

Et, dans la mélancolie du soir,

Tu cherches la trace de tes pas

Pour retrouver ton chemin,

Avant d’affronter l’image de ton corps

Nu dans le miroir du couloir.

Par des chemins de perversité,

La mer insinue entre les îles

L’amplitude de sa marée

Et ma main glisse la timidité

De ses doigts malhabiles

Entre tes seins rebondis.

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VILLE

I

La nuit se renverse comme une bouteille d’encre sur la page du jour.

La tache s’étale que n’arrête pas l’horizon sur l’écriture des êtres et des choses.

Un rayon de lune glisse sur les tuiles. Un toit miaule.

Les réverbères éclaboussent les trottoirs où défilent les platanes, raides
comme à la parade, et qui longent une alternance de pavillons et de
terrains vagues, pas encore bâtis.

La chaussée ne me renvoie que l’écho de mes pas, accompagné
par le souvenir des tiens, sur de hauts talons.

J’irai jusqu’au bout de la ville, jusqu’à cette aube de lait et de rosée

qui accrochera des chants d’oiseaux sur les arbres du quai et les
poutrelles du pont Eiffel.

II

La route regagne à travers champs

La ville qui s’ennuie

Dans ses rues désertées.

Pour échapper à leur étreinte,

Nous courons main dans la main

Le long des façades maussades

Qui grimacent soudain.

Déjà nous ne poursuivons plus

Que les ombres de nous-mêmes

Trempées par la pluie

Et qui viennent se tordre

Dans la quiétude du quartier.

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DANS LE PORT

                  

Tu tiens tout un port

Entre tes mains

Avec tous ses navires

Voiles et cheminées

En instance de départ

Amarres bientôt larguées

Voiles carguées

Chaudières sous pression

Cargaisons chargées

Passagers embarqués

Tu ouvres les mains

Ils lèvent l’ancre

Et appareillent

Tu refermes les mains

Sur la rade presque vide

Et la mer s’éloigne

Les oiseaux de mer

En vols serrés

Donnent des coups de bec

A la brise du large

Une ombre se déploie

Sur la muraille

Sirène énigmatique

Et être nocturne

La vague déjà froide

Te prend dans son étreinte

Et tu redeviens la fille de l’écume.

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             TRIBULATIONS   ENTRE  TERRE  ET   MER

                                                  1

L’oiseau cache son nid dans le plus épais de la haie,

Pour le soustraire aux regards, dans une terre de refuge,

De semailles et de moissons à venir.

Des voix pondérées et des appels stridents déchirent les silences

Dans lesquels les mouettes poussent des cris affamés.

Le soleil s’abaisse graduellement

Vers les flots hostiles d’une mer écumante

Qui courent à perdre haleine vers les sables ;

J’entends le chant des  oiseaux qui ont froid et claquent du bec.

Une souillure estampille  l’espace d’où le soleil  giclera,

Parmi des cortèges de nuages furtivement poussés par le vent.

Je suis à l’écoute du  grognement  soutenu de la mer voisine,

Tandis que le va et vient rayonnant d’un phare éloigné

 Me frappe avec une ponctualité implacable

Et que  la vague et le vent enchevêtrent leurs mugissements.

La mer est une réserve d’enchantements et de maléfices:

Des  nuages replets se soulagent

Et naviguent, plus légers, dans un ciel tempéré.

Un bouquet de nuées blanches et roses fleurit

Dans le firmament sous lequel je rédige des messages

En lettres fermes, à ton intention.

A  travers une fraîche  prairie d’herbe verte,

Je franchis  la circonférence qui entoure le vide

Où dépérissent les fleurs fragiles,

Penchées et closes à cause des frimas.

Sous la délicatesse du ciel, je voudrais  mourir

D’amour en pleine lumière, mais le soleil est hors d’usage.

photographie personnelle : la mer bretonne

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DANS LA PLAINE

Je vagabondais dans la plaine.
Les nuages volaient bas
Et, du sol fauché ras,
Montait une troublante haleine.

La brise me frôlait les mains
Et caressait les gerbes
De blé mûr et les herbes
S’inclinant le long des chemins.

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  COULEURS

1

Qui fera naître

Cette couleur juvénile

Ce rouge brutal

D’un coquelicot de feu

Qui prélude à la création

Ce vert le plus tendre

De l’enfance du monde

Ce bleu immatériel

D’un regard humain

Ce blanc virginal

De la pureté originelle

D’une neige éternelle

Semée sur l’innocence

Des premiers instants ?

Je voudrais orchestrer

Un concert de couleurs

Qui deviendraient

Des nuances musicales

Et ces sons colorés

Seraient  l’ébauche

D’une harmonie en puissance

Sous un fragile ciel

D’un bleu porcelaine.

      Février 1986

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SOLEIL/OISEAUX

Le soleil touche l’horizon

Des rêves frénétiques

Où dans une ville magique

Tu respires l’air du temps

Frais à tes tempes

Sur le seuil de ton jardin.

Un oiseau de lumière

S’avance avec une lenteur majestueuse

Dans l’allée sablonneuse

Entre les tournesols jaunes

Et les tubéreuses bleues

Eblouis par le soleil

Des oiseaux se heurtent aux nuages

Ils tournent dans le soir

Assaillant le phare dont la lueur les attire

Et ces oiseaux voraces

S’attaquent aux champs de céréales

le vent marin frappe de ses rafales.

 Mercredi  11 .04.1979

Recopié à  DRAVEIL     12.10.2011     

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  ENTRE  LES  CRÉPUSCULES

      ENTRE  LES  CRÉPUSCULES

Chaque matin est un départ

A l’aube d’une connaissance

Quand des parfums flottent épars

Sur les chemins de mes errances

L’abeille butine le jour

Le soleil est au carrefour des routes

Où se croisent les vents mouillés

Dans le silence froid des aubes bleues

Sur l’herbe encore sombre

Je serre les doigts de la pluie

Qui tisse sa toile sur le jardin

Et croque à pleines dents

La lumière  sur les feuilles

Des branches endormies

Le soleil brûle l’horizon

Qui ouvre ses fenêtres

Sur les vagues du blé

La brise du soir glisse sur les lys

L’eau s’en va avec un bruit de cailloux

Et le vent du soir  me fait  des gestes  d’adieu

Dans le jardin vert qu’enveloppe l’ombre bleuâtre

Et j’y cueille les roses du crépuscule.

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ETE

                                         ETE                                                                                        

Un rayon de soleil
Et l’été revient
Avec ses cohues de couleurs
Le chemin se glisse entre les buissons
Tandis que des grappes d’oiseaux
Mûrissent sur les branches
Et que les fleurs neigent sur les haies

L’été nous rassasie d’odeurs
Et de couleurs qui chatoient
Dans l’herbe grasse
Des prairies où se lève
Une aube de lait
Sur la rousseur des bovins
À l’ombre de l’arbre
Qui tressaille sous son écorce

Blanc visage du jour
Le vent dévale la pente
Et notre village jaillit
Dans un cantique de lumière

Le soleil engrosse la terre féconde
De fruits d’oiseaux
De fleurs hautes comme des arbustes
Où la moindre goutte de rosée
Enfante tout un arc-en-ciel

Le vent du large soulève ta robe
Son souffle humide baigne ton corps
Et ton visage rit comme une fleur
Tu prêtes la couleur de tes yeux
À la vague qui s’en empare à jamais
Et tu laisses tes rêves voguer.
Au gré des flots vers des îles
Que tu imagines derrière l’horizon

Le soir tombe sur nous comme un caillou.

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